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Au fil du Fleuve

Dernière mise à jour : 22 déc. 2020

Nous sommes dans le Brakna [troisième région] depuis Sangrava, ville située entre Ashram [dans la région du Tagant], et Siyasse [dernière ville de l’Assaba]. En moins de 100 km donc, nous traversons subtilement trois régions, avec comme seul témoin le paysage changeant.

Mercredi soir

Sur le chemin du retour de Oualâta, nous avons passé la nuit en route, entre Aïoun et Kiffa. Nuit particulièrement désagréable, entre moustiques et insectes d’hivernage.

Vers 8h30, nous arrivons à Tintane. Nous faisons le plein et continuons sur Kiffa.


Je récupère les quelques bricoles achetées au départ et laissées chez le marchand: deux tapis traditionnels et deux “kiss réchaud”, utiles à la base pour recouvrir le gaz à thé, mais je l'utilise à titre décoratif, car très bien orné. Je récupère également ma khabta d’une place.


12h05, nous sommes à 6 km de Guerrou, autre grande ville de l’Assaba. Les paysages ici sont semblables à ceux de l’Adrar, la verdure en plus.


15h, pause déjeuner à Maghta Lahjar, à quelques km de Aleg, chef lieu du Brakna.

On y déjeune un simple mais succulent méchoui.


Les M’aalémines, gardiens des arts décoratifs

Maghta Lahjar signifierait “tailler les pierres” ou “traverser les pierres taillées”. Belle analogie de l’artisanat local. Comme pour la plupart des arts décoratifs, ce sont les M’aalémines [forgerons] qui en sont les gardiens du savoir-faire.


J’achète quelques objets pour la maison à Nouakchott et Abidjan, mais également des souvenirs pour mes amis, chez Mariam. Elle a une petite boutique sur le bord de la route, où est exposé son travail.


Nous nous y attardons quelque peu pour observer Mariam à l’œuvre: un mélange de précision et d’improvisation, le tout avec beaucoup de dextérité.


Je ne comprendrai jamais pourquoi ce métier est autant stigmatisé et marginalisé. Un autre non-sens qui devrait disparaitre selon moi; tout comme la classification omniprésente, dont l’essence même s’est détériorée pour devenir un stigmate de notre société, au lieu d’être valorisée comme cela se doit. L’amatrice d’art que je suis les aurait célébré, orné le Musée National de leurs oeuvres, commandité une maison des Beaux Arts Mauritaniens dans toute sa splendeur et diversité, avec tous les investissements qui vont avec. Mais ce n’est que mon humble opinion, dans toute sa superficialité et sa naïveté.


La route de l’espoir

17h15, nous avons repris la route vers Aleg, carrefour de la route de l’espoir, le grand Sud mauritanien.


Nous effectuons une escale à Cheguar, la ville des Oulad Ahmed, alliés d’antan des Halaayɓé. En plus des liens politiques qui existent [en effet, un alliance tacite est née depuis le temps des colons et s’est perpétuée], des liens sociaux et culturels sont présents. Mariages inter-ethniques se font souvent entre nos deux tribus, signe fort de l’entente fraternelle.


Nous sommes dans le Brakna [troisième région] depuis Sangrava, ville située entre Ashram [dans la région du Tagant], et Siyasse [dernière ville de l’Assaba]. En moins de 100km donc, nous traversons subtilement trois régions avec comme seul témoin, le paysage changeant.


18h40, à Elb Jemal [la dune des chameaux], une baadiya [petit patelin] à côté de Aleg. Nous nous ravitaillons en lait de chamelle, trois bouteilles.


21h04, arrêt à la gendarmerie à quelques km de Bagodine. L’officier sur place cherche la petite bête pour nous réprimander. Il est focalisé sur la khabta qui dépasse le coffre et nous amende de six mille ouguiyas, que je trouve un peu cher.

Après quelques échanges il me demande d’où je viens. Je lui explique que je suis de Boghé.

Quelle famille?”

Lam, du côté paternel, et Colonel Dia, côté maternel

Wakhyert”. Sans ajouter mot, il se lève et me raccompagne à la voiture. “Si vous aviez dit que vous étiez de la famille du Colonel Dia, personne ne vous aurait arrêté. Bon voyage”. Avec beaucoup de respect, nous nous quittons sur ces mots.


Il est passé 21h30 lorsque nous entrons Kaédi.


Kaheƴdi

Vendredi matin, 8h40. Nous avons passé la nuit chez ma grande soeur Djindah Bal, native de la ville. Sommeil réparateur après deux nuits assez difficiles.

Nous prenons un petit déjeuner copieux avant de sortir pour une balade dans la ville.


Kaédi est le chef lieu du Gorgol, région à côté du Guidimakha.

C’est une région non méconnue de ma famille; mon père y était comme directeur de l’ENFVA (Ecole Nationale de Formation et de Vulgarisation Agricole) à la fin des années 80. Nous avons passé un séjour ici dont je n’ai de souvenirs que les quelques photos d’enfance. J’y suis repartie pour le travail à quelques reprises également.


Un tour au marché vers 11h.


La prière du Jummuah est à 14h30 environ, les commerces ferment tôt. L’affluence n’y est donc pas optimale. J’en profite pour me ravitailler en quelques tissus.

Kaédi est réputée pour sa teinture. Les femmes, en général regroupées en coopérative, assurent ce métier traditionnel.


Impressionnée par le travail de fourmi de ces femmes. Dénominateur commun de toutes les régions par les lesquelles nous sommes passés, les femmes, motrices des foyers, des marchés, de l’économie du pays.


Hommage à elles.


Après la prière de Jummuah, un tour de salutations aux membres de la famille, Gallé N’diaye, Tandia, Ly, Bal.


Nous visitons le vieux quartier de Gattaga, fief soninké, avec son incontournable et intemporelle Mosquée. Son architecture s’inspire du modèle soudano-sahélien que l’on retrouve dans la plupart des anciennes cités islamiques.


Avant de reprendre la route, nous passons par le débarcadère. À une traversée, la frontière sénégalaise, Gourel Oumar Ly.


Départ de Kaédi vers 18h pour nous rendre à Boghé, wourro Halaayɓé.


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