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Le Train du Désert

“La Mauritanie n’est plus ce vaste désert jadis si difficile à traverser, et qui constituait entre le monde méditerranéen et l’Afrique noire une sorte de barrière que franchissent mal les idées et les hommes. Un lien de solidarité de plus en plus fort unit désormais tous les Mauritaniens, conscients d’appartenir à une même communauté.”

À quelque chose malheur est bon, dit-on souvent. Pour ma part, au creux de ce désarroi collectif et ce renfermement profond - contre nature dans notre société - j’ai décidé de faire la chose qui me procure le plus grand bien: voyager.


Découvrir les regions que je ne connais pas encore, aller à la rencontre des contrées lointaines de chez moi, tel a toujours été mon rêve. J’ai entamé cette méharée en 2014, alors fraîchement rentrée au pays après une escale Nord Américaine. Je m’étais fixée comme objectif de faire le tour de la Mauritanie et d’en savoir un peu plus sur nos riches cultures, traditions du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.


J’ai eu la chance de faire plusieurs voyages dans le cadre de mon travail à l’intérieur du pays, mais le vent ne m’avait pas encore menée vers le grand Nord! C’était donc tout naturel pour moi d’entamer mon itinéraire avec un cap vers la region du Tiris Zemmour.


Nouakchott-Nouadhibou

Dimanche, 4h30 du matin.

Départ sur la route du Nord. Je suis toujours fascinée par le contraste des grandes dunes et du rivage lorsque j’emprunte cette route.


En grande voyageuse, j’ai évidemment toujours mon coussin prêt, ma gourde d’eau fraîche (ou café) et mon petit livre. Pour l’occasion, c’est Moktar Ould Daddah qui m’accompagne. Choix très évident pour moi, et naturel pour les fins de mon voyage: il raconte dans ses mémoires la naissance du pays et y fait référence à toutes les villes par lesquelles je compte passer, avec un contexte historique qui plus est.

“La Mauritanie n’est plus ce vaste désert jadis si difficile à traverser, et qui constituait entre le monde méditerranéen et l’Afrique noire une sorte de barrière que franchissent mal les idées et les hommes. Un lien de solidarité de plus en plus fort unit désormais tous les Mauritaniens, conscients d’appartenir à une même communauté.”


Escale Stéphanoise

Dimanche soir, nous visitons le site du Cap Blanc.

Magnifique péninsule d'environ cinquante-six kilomètres de long, partagée entre la Mauritanie et le Maroc. Parfait tableau de la Mauritanie entre océan et désert.


Sérendipité. Nous rencontrons Ablaye, pêcheur reconverti. Il était très connu à Boghé pour ses prouesses footballistiques.

Il a perdu une jambe au cours d'un malencontreux accident et vit désormais de la mer. En compagnie de Mohamed et Bilal, ses compagnons de pêche, Il passera la nuit au Cap et nous invite pour au moins un verre de thé.

Nous déclinons gentiment, la nuit commence à tomber.


Lundi matin, 8h30

Notre train ne quitte qu'aux environs de 16h, nous entamons donc une petite sortie au marché central et au port de Nouadhibou, avant de reprendre la route.



Le voyage en train

Lundi, 15h. Point central de la SNIM à Nouadhibou.

Le train est prévu pour 16h30.

Tout le monde est un peu surpris de me voir sac à dos, valisette, appareil photo en mains, prête à embarquer. Très curieuse et excitée à la fois.

Ma mère nous racontait à l’époque, alors adolescentes, à ma petite soeur et moi comment la Mauritanie avait ”le train le plus long du Monde!” On se plaisait donc à l'école à répéter à tout moment opportun que “nous avons le train le plus long du monde, nous”.

Nous n’avions évidemment pas la moindre idée des détails et ne savions pas que ce train était un train minéralier dont l’objectif premier était l’acheminement du minerai de fer entre Zouérate et le port de Nouadhibou, destiné à l’exportation vers la Chine ou l’Europe.

Symbole certain de l’économie Mauritanienne, la SNIM a une place importante chez nous et je pense que nous n’en mesurons pas l’ampleur au quotidien, pour ma part en tout cas.

C’est seulement après cette visite inopinée, les discussions avec certains employés et mon compagnon de soûler [wagon de la SNIM], Mohamed Salem Hamady - infirmier à la SNIM - que j’ai vraiment réalisé l'envergure de la nationalisation de la MIFERMA. Mais aussi comment les opérations de la SNIM étaient le poumon droit du grand Nord Mauritanien, et en l’occurence la veine centrale de notre pays.


Départ pour Zouérate

À bord du soûler, 16h30, le train démarre.

Un petit arrêt à la gare de Nouadhibou pour récupérer quelques passagers, je les aperçois s’affairant dans les wagons arrières: ce sont des commerçants, des voyageurs et habitants des villages environnants mais également des journaliers de la SNIM travaillant dans les bases de vie comme cuisiniers, personnel d’entretien de la voie ferrée et des agents.


Il ya plusieurs bases de vie de la SNIM que nous traversons le long de ces quelques 650km et 16h de train. Six exactement, sans compter Fdérik et Zouérate; cela nous donne une petite idée du nombre d’emplois créés.

C’est la société qui les alimente en eau, électricité et médicaments, mais également fournitures scolaires. “L’eau est très rare par ici” affirme Mohamed Salem, "la SNIM joue un très grand rôle pour ces villages et leurs habitants". Mon voisin de soûler est employé à la SNIM depuis le 13 Janvier 1988. L’exactitude de sa réponse lorsque je lui pose la question en dit long sur sa relation avec la société; “La SNIM c’est toute ma vie, c’est ma famille. Mon père y travaillait, passant de la mine à l’économat”.

Maatoug, le convoyeur, fait plusieurs passages pour s’assurer que tout se passe bien, et nous apporte les 3 verres de thé coutumiers.



En plus de mon oncle Alassane - qui est mon compagnon de voyage - et Mohamed Salem, on partage le soûler avec Mohamed Ould Ahmed, opérateur terrassier qui fait le trajet avec nous jusqu’à Zouérate, contrairement à l’infirmier qui descend à sa base de Leghreidatte, à 222 kM.


À aucun moment je n’ai été anxieuse malgré les maints découragements à faire ce voyager en train: “Trop difficile. Trop difficile pour une femme. Trop long. Une vraie torture. Le train? en plein été? c’est une blague j’espère”.

16h tout de meme dans un train minéralier sans confort apparent, ce n’est pas rien. Mais soit, l’aventure vaut la peine d’être vécue…et quelle aventure!


Le train du désert À 393Km sur le chemin du fer, un site en monolithe, Ben Amira.

L’histoire raconte que ce monolithe, c’est le récit de Aïcha Khira et son Mari Ben Amira qui, selon la légende, se seraient transformés en montagnes de granite par amour.

Valaklak, alors amoureux de Aïcha Khira, avait fait croire à Ben Amira que son épouse était morte, pour le faire partir de chagrin et ainsi la garder pour lui. Ce dernier, par colère avait donné un coup de pied à son rival qui se retrouva ainsi au Sahara. Ben Amira et Aïcha Khira se sont retrouvés et pour ne plus jamais se quitter, se sont transformés en montagnes, côte à côte pour l’éternité.


Les dandinements du train bercent le trajet ponctué d’arrêts brusques, qui rendent le sommeil difficile.


Temeunmuchatte à 314KM, troisième base de vie où l’on marque un arrêt d’une trentaine de minutes.


Il est minuit passé. Un certain sow de Boghé nous apporte le dîner. Très intrigué, il se demandait qui était cette Lam dans le train; il a donc tenu à nous apporter le dîner en personne. Cela nous a fait très plaisir de passer quelques minutes à échanger, après des salutations d’autant plus chaleureuses que nous nous retrouvions au milieu du désert.


Avant de dîner j’en profite pour rattraper mes prières de Maghrib et Ishaa, que je n’ai pu effectuer car la danse du train ne s’y prêtait pas.


Minuit 30 environ, le train reprend sa route.

Hublot ouvert, la nuit est pleinement tombée. J’entrevois un magnifique premier quartier de lune et un très joli ciel étoilé. L’air est à nouveau respirable. Sommeil profond jusqu’à l’arrivée.


6h07, mardi matin. Arrivée à la gare de Fdérik.

Le soleil se lève sur ces majestueuses chaines montagneuses.



Nous partageons un taxi avec Mariam et sa petite famille qui, à la joie apparente de ses deux enfants, rentre sans doute à la maison. Elle contemple pensive le paysage divin. Promesse d’une aube nouvelle au bout des rails. Nouveaux espoirs.

Un renouveau après la traversée du désert.



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