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Voyage à Oualâta

Dernière mise à jour : 29 nov. 2020

Le séjour à Oualâta fut court mais intense. Constant ascenseur émotionnel de ce que la Mauritanie incarne à mes yeux: un tableau vivant à la riche histoire, mais empreinte d’une tache indélébile avec laquelle il faut se réconcilier.

Retour à Kiffa le lundi après-midi

Kiffa est la deuxième ville du pays en terme de nombre d’habitants. Singulière à première vue, mais passez quelques jours et vous découvrirez la profondeur des habitants à la culture riche. On y retrouve l’infrastructure d’une ville et la chaleur d’un patelin.

Mon premier séjour à Kiffa remonte à 2014. Tout premier voyage à l’intérieur du pays, découvrant une autre ville que la capitale Nouakchottoise. Je ne savais pas à quoi m’attendre. J’ai découvert les perles de Kiffa, anciennes et précieuses; l’artisanat qu’on y retrouve m’avait également intrigué.


Dans toutes les maisons de Kiffa et villages environnants j’apercevais des sortes de planches en bois sur pieds, qui faisaient office de lit, travaillées par des forgerons locaux. Joliment dessinées, très colorées.

Sachant que je passais par Kiffa je m’étais fixé comme objectif de m’en procurer. J’en ai trouvé un d’une place au marché, que je compte utiliser comme table basse, très propos pour un diner entre amis.


Lundi, 22h30

Nous arrivons à Aïoun El Atrouss, chef lieu du Hodh Egharbi. Nous passons la nuit avant de continuer le lendemain matin vers Néma, capitale du Hodh Echargui.

Les Hodhs sont exceptionnellement verts durant cette période d’hivernage que les maures appellent Khrive. Les animaux affluent; la faune dans cette partie du pays est particulièrement riche, du dromadaire à la vache en passant par les magnifiques oiseaux aux couleurs arc-en-ciel. La beauté de la nature nous laisse encore une fois sans voix.


Il est environ midi dix le mardi, nous sommes à quelques kilomètres de Timbedra. La route n’est pas très bonne, nous ralentissons la cadence.


14h20, arrivée à Néma

La flore est distincte dans cette partie du Hodh. Plus aride, nous rencontrons plus de chameaux, et des chameaux différents à première vue. Une couleur brune prononcée marquant fièrement leur territoire que nous perturbons.

La piste entre Néma et Oualâta est praticable mais difficile. Je m’accroche comme je peux pour estomper les secousses inévitables.


17:30, nous rentrons dans la ville

Nous traversons la Passe de Knou et apercevons le Ksar de Oualâta.

Je suis émerveillée par l’architecture particulièrement bien travaillée de la ville.

Les maisons sont plus belles les unes que les autres.

Nous demandons aux passants de nous indiquer la maison de mon amie Aziza, originaire de Oualâta, dont la famille nous accueille gentiment pour notre séjour.


La maison de Aiche mint Cheikhne, la tante d'Aziza, surplombe la ville. une petite trotte en pente avant d'y accéder; nous arrivons juste avant que le soleil ne tombe sur le vieux ksar.


Mercredi matin

Après un réveil très matinal, nous entamons une visite de la ville. Des maisons quasi inhabitées, vestiges de la vieille ville, avec une identité remarquable: les fresques murales en argile de différentes couleurs, banco rouge et gomme arabique. Héritage du peuple soninké, premiers habitants de la ville.


Elle était Birú à l’époque, et j’ai entendu plusieurs versions d’une légende qui narre l’abandon de la ville par les soninkés. L’une d’entre elles raconte que les Mhajibs, une tribu berbère en quête d’eau, sont arrivés à Oualâta et les soninkés leur ont refusé. Le doyen de la tribu Mhajib a ainsi jeté 3 pierres dans le puit après y avoir fait des incantations. Du sang en a surgi et les soninkés ont déserté.


Oualâta était un important carrefour caravanier et fait aujourd’hui partie des quatre villes anciennes du pays inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, depuis plus de 20 ans.


9:30, visite du vieux fort

Ancienne prison, lieu sombre de notre histoire, où ont été emprisonnés et torturés des figures fortes de la lutte anti-raciste de notre pays. Sous les régimes successifs, les tensions entre les communautés noires et Bidanes (arabo-berbères ) n’ont cessé de s'exacerber. En octobre 1987, une vague d'arrestations a lieu sur Nouakchott, ciblant des cadres négro-mauritaniens. Plusieurs furent emprisonnés à Oualâta.

Moktar Ould Daddah y fut également prisonnier après le coup qui le destitua de son pouvoir en 1978.

“Enfin nous atteignons le fort militaire d’Oualata, situé en dehors de la localité qu’il surplombe, à 2 km environ. […] une chaleur lourde et humide d’hivernage […]. Le petit fort de Oualata est pratiquement abandonné depuis son achèvement dans les années 1950; des murs décrépis, lézardés et très sales. Un sol crevassé, caillouteux et poussiéreux. Un plafond couvert de vieilles tuiles de zinc dansantes, constamment agitées par les vents fréquents, ce qui provoque un bruit par moment assourdissant, et particulièrement désagréable et énervant.”

Arrestation, injustice, calvaire carcéral… si les murs du vieux fort pouvaient parler.

Perché en haut de la ville, ce fort vient contraster l’atmosphère pittoresque de Oualâta. Un devoir de mémoire important tout de même.


10:30, Aiche nous attend pour le tajine du matin

Petit déjeuner copieux, avec un plat local el Moun, à base de farine de mil.


13:30, visite de quelques maisons et bibliothèques anciennes avec Moulaye, un guide de la ville

Nous débutons par la bibliothèque de Bâti Ould Mbouya, de la la tribu de mhajibs. Nous arrivons en plein cours coranique, il nous ouvre courtoisement les portes de sa maison et nous fait découvrir des photos de famille.


Moulaye nous introduit à quelques maisons qu’il connait. Les fresques sont impressionnantes. Elles sont repeintes après chaque saison de pluie afin d’en raviver l’éclat.


Nous parcourons la ville entière le temps d’un après-midi et avons le temps de discuter avec quelques artisans, des notables et des commerçantes.


Nous finissons la visite et repartons avec quelques bibelots trouvés dans des coopératives féminines.


"voir Oualâta et partir en paix"

17h, Aiche nous appelle pour un autre repas. Je l’informe que nous reprenons la route le soir même. Elle insiste pour que nous passions la nuit, mais je lui explique que nous sommes attendus à Néma pour le retour. Elle comprend.


Apres un dernier zrig (boisson à base de lait de chamelle) accompagnant le couscous de mil et un échange de cadeaux, nous reprenons la route un peu avant 18h.


Le séjour à Oualâta fut court mais intense.

Constant ascenseur émotionnel de ce que la Mauritanie incarne à mes yeux: un tableau vivant à la riche histoire, mais empreinte d’une tache indélébile avec laquelle il faut se réconcilier.


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